Mais pourquoi fête-t-on la Chandeleur?

Nous sommes à l'époque romaine, quelques siècles avant la naissance de Jésus-Christ. La Rome antique est principalement composée de champs et bétails entretenus par des paysans et son économie est intimement liée aux caprices du ciel, à savoir: les dieux et la météorologie.

Afin d'obtenir l'aide de ces premiers sur cette dernière, il était de coutume chez les Romains de célébrer vers le 15 février un certain Lupercus, dieu de la fécondité et protecteur des troupeaux. Pour ce faire, les habitants se réunissaient dans les champs en arborant des flambeaux, porteurs d'espoir et symbole de nouveau souffle vital. Les Lupercales étaient ainsi nées!

Remarque : La cérémonie n'est pas sans rappeler la procession celtique de l'Imbolc, célébrée à l'origine le 1er février. Cette dernière avait en effet pour vocation de célébrer la fertilité à la fin de l'hiver. En miroir des Lupercales, les habitants sortaient avec des flambeaux jusque dans les champs afin de prier la déesse Brigit, capable de purifier les terres et favoriser les futures semences.

Outre ce culte qui demeure encore contradictoire à l'heure actuelle, l'histoire raconte que la chandeleur serait dérivée de petites crêpes, symboles de l'astre solaire, offertes par les Celtes en l'honneur de leurs divinités.

Quoi qu'il en soit, la Chandeleur ne gardera de tous ces cultes païens, à sa création, que le symbole de purification. Au Ve siècle, vraisemblablement en 472, la cérémonie christianisée donnera ainsi lieu à de nouvelles représentations: elle sera la fête de Jésus au Temple et celle de la purification de la Vierge.

Sous l'instigation du pape Gélase Ier, les chandelles remplaceront progressivement les flambeaux et les torches. Ce, afin de rappeler le Christ comme «lumière du monde» capable «d'éclairer les nations» (Évangile, Saint Luc).

Pour l'anecdote: À la fin du cérémonial, les croyants devaient être capables de rapporter leur cierge allumé chez eux. Si la mèche s'éteignait, ces derniers risquaient alors de s'attirer le mauvais œil. Comme disait le dicton: «Celui qui la rapporte chez lui allumée, Pour sûr ne mourra pas dans l'année.»

Au lendemain de ce changement de coutume, la procession prit le nom latin de festa candelarum, «fête des chandelles», et progressivement celui qu'on lui connaît aujourd'hui, à savoir: Chandeleur.

● Pourquoi des crêpes?

À la fois symboles du disque solaire et de l'arrivée du printemps, les crêpes (de l'ancien français crespe «frisé») étaient originellement la métaphore et la promesse de la prospérité. Parce qu'elles ne pouvaient être confectionnées qu'à partir de farine excédentaire, les crêpes étaient le gage de futurs mois opulents.

Selon d'autres sources, c'est le pape Gélase Ier qui serait à l'origine des crêpes à la Chandeleur. Le pontife aurait offert des galettes dorées aux pèlerins qui se rendaient à Rome.

Proches par leur forme et leur couleur or, de la représentation du soleil, celles-ci seraient restées dans la mémoire collective comme la parfaite représentation de la fête en l'honneur du Christ, jusqu'à prendre de nos jours le sens de récréation et moment gourmand en famille ou entre amis.

Pour l'anecdote: Pour s'assurer bonheurs et succès, les paysans se lançaient, à chaque Chandeleur, le défi de la pièce d'or. L'objectif? Réussir à faire sauter de la main droite une crêpe tout en tenant de la main gauche une pièce d'or, sans la faire se retourner ou la faire tomber. Si le défi était remporté, alors l'habitant enroulait son écu dans la galette et allait le placer dans une armoire. L'aumône enfermée veillerait ainsi au grain des bonnes récoltes de la famille.

● La Chandeleur fait-elle la pluie et le beau temps?

Symbole de bonne finance pour certains: «Qui mange des crêpes quand la Chandeleur est arrivée, est sûr d'avoir argent pendant l'année», de vœux de bonheur pour d'autres: «Chandelouse! Chandeleur, Bonjour! Bonne œuvre!», la Chandeleur était aussi un bulletin météorologique pour les habitants d'alors.

Des prévisions peu avérées néanmoins. En témoigne le nombre de dictons qui furent contradictoires. On retrouve ainsi la Chandeleur comme la représentation du retour des beaux jours «Chandeleur à ta porte, c'est la fin des feuilles mortes», comme celle de la métaphore de l'hiver glacial: «À la Chandeleur, grande neige et froideur.»

Un grand écart météorologique explicable par la localisation des paysans en France. Ainsi pouvait-on se lancer au Pays Basque: «À la Chandeleur verdure, à Pâques neige forte et dure», mais à la même période se flanquer d'un «Quand Notre-Dame de la Chandeleur luit, l'hiver de quarante jours s'ensuit» dans le Nord. Plus timorés, les Bourguignons trancheront avec raison: «À la Chandeleur, l'hiver s'apaise ou reprend vigueur».

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