L’Histoire de la Vigne et du Vin

 

Évolution au fil des siècles

La vigne est un intarissable réservoir d'imaginaire et de symboles. Elle exprime "sa participation au monde terrestre et son aspiration à l'univers céleste. Sa double appartenance" (1), explique que des hommes avaient choisi la vigne et son fruit pour représenter leur civilisation.

La transformation graduelle de la vigne sauvage en vigne cultivée s'est probablement réalisée à partir du septième millénaire avant l'ère chrétienne. Domestiquée par les peuples d'Asie occidentale (les Sumériens, les Babyloniens, les Assyriens, les Égyptiens, les Hébreux, les Phéniciens…) la culture de la vigne s'épanouit pleinement sur les rives de la mer Méditerranée, mère fondatrice de la civilisation du vin. Les Grecs, initiateurs de la viticulture en Europe méditerranéenne, sont relayés dans leur œuvre civilisatrice par les Romains : la Sicile et l'Italie du Sud d'abord, les régions méditerranéennes de la France et de l'Espagne ensuite, jusqu'aux rivages de l'Atlantique et l'intérieur du continent enfin.

Notre premier vignoble s'implanta à Massalia (aujourd'hui Marseille), apporté par ses fondateurs phocéens près de 600 ans avant JC. Mais c'est avec l'arrivée des Romains que la culture de la vigne connut une extension systématique à travers la Gaule. La Gaule romaine allait se couvrir de vignobles du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, faisant de la carte des vins, notre carte nationale d'identité. Ce développement viticole tous azimuts s'explique, d'une part, par la richesse que procure le vin ; d'autre part, par les difficultés du transport du vin (surtout terrestre), qui en freinent la circulation marchande.

La vigne se répand au Ier siècle dans la vallée du Rhône, apparaît au IIe siècle en Bourgogne et dans le Bordelais, pour atteindre la Vallée de la Loire au IIIe siècle, la Champagne et la vallée de la Moselle au IVe siècle, puis, Rome se christianisant, la vigne s'implantera jusqu'aux frontières septentrionales de l'empire (les limes).

Le christianisme a été le propagateur de la vigne et le propagandiste du vin en France. En 816 le Concile d'Aix-la-Chapelle encourage les viticultures épiscopales et monastiques. Le vin, indispensable au sacrement de l'Eucharistie, doit également être une monnaie d'échange, un élément de force économique et un moyen d'honorer les hôtes de marque (rois et grands féodaux). Jusqu'à la fin du Moyen Age, la viticulture ecclésiastique nourrira la puissance et la gloire de l'Église romaine. L'ancienne France monarchique a définitivement fixé l'entretien des vignobles comme culture traditionnelle.

Après la découverte officielle de l'Amérique le 12 octobre 1492 par le célèbre navigateur d'origine italienne Christophe Colomb, la civilisation européenne du vin part à la conquête d'un monde nouveau. Produits et appréciés en Amérique du Nord et du Sud, la vigne et le vin gagnent progressivement de nouveaux territoires : Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, bordure nord-ouest du Pacifique...

La vigne couvre désormais près de huit millions d'hectares dans le monde. Actuellement, la superficie du vignoble français est en 2ème position (à égalité avec l'Italie) derrière l'Espagne. La France est le 1er producteur mondial de vin.


(1) Michel Onfray, La raison gourmande, Paris, éditions Grasset, 1995, p.197.

L'histoire d'une culture

Depuis l'origine, la vigne et le vin ont marqué de leur empreinte la géographie et l'économie, l'archéologie et l'histoire, les mythologies et les religions, les arts et les traditions, le droit et la médecine, les paysages et les architectures, mais aussi les habitudes alimentaires et le commerce, la sociologie et la psychologie, contribuant, au fil du temps, à élaborer un type de société et un art de vivre.
Faut-il rappeler, en ce sens, le dieu Bacchus – ou son "frère aîné" Dionysos - représenté et chanté par d'innombrables artistes, dont Michel-Ange, ou bien les bas reliefs dans les mastabas égyptiens, ou encore les fresques pompéiennes reprenant le thème du vin civilisateur. De même en est-il des entrepôts de vin d'Ostie, des mentions bibliques du "sang du raisin" (La Genèse 49, 11) ou du "sang de la grappe" (Le Deutéronome 32, 14) et du rôle du vin dans la symbolique chrétienne, de l'œuvre des ordres monastiques au Moyen Age (Bénédictins et Cisterciens principalement), des auteurs gréco-latins (des vers d'Homère aux récits de Tacite en passant par la poésie bachique d'Horace) ; sans parler des grands peintres pour qui le vin a été une source d'inspiration (du Triomphe de Bacchus de Vélasquez aux Buveurs de Cézanne en passant par Le roi boit de Jordaens et Les noces de cana du Tintoret ou de Véronèse)... Tous ces exemples culturels ou artistiques sont autant de témoignages de l'importance du vin au cours de l'histoire des hommes.

Tout au long des siècles, le vin reste donc un élément de fête et de culture. Boire du vin, toujours avec modération, c'est aussi rafraîchir sa mémoire culturelle. Il est, selon Colette "l'honneur des mets" ou, selon Alexander Fleming "ce qui rend les hommes heureux" (la pénicilline ne faisant que "guérir les humains"). Un pays moderne se doit de lui conserver son prestige et d'encourager tous les efforts qui tendent à en améliorer la qualité. Le vin est et doit demeurer un produit de "distinction" (cf. Pierre Bourdieu) dans un pays comme la France qui lui a toujours reconnu une place de choix.

Car la France est le pays de référence de la civilisation du vin en même temps que la patrie de la gastronomie, laquelle culmine dans ses vins. Accompagnant le plaisir du gastronome, le vin de qualité ajoute à l'impression de fête. Boire du bon vin est un geste festif, convivial et raffiné, un acte civilisateur.

L'usage du vin par les Gaulois a permis à nos ancêtres de s'intégrer dans la civilisation du vin et par là-même de se distinguer culturellement des peuples de l'Europe du Nord buveurs de bière. Mais nulle part ailleurs, autant qu'en France, la liqueur de Bacchus n'a été élevée au rang de "boisson totem". Dans un essai intitulé Mythologies, Roland Barthes écrit en 1957 que : "le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, au même titre que ses 360 espèces de fromages et sa culture".

Trente ans plus tard à la question : "Être Français, c'est selon vous d'abord... ?" (1), la réponse : "Aimer le bon vin" vient à la suite d'évidences comme "Être né en France" ou "Parler français". Autrement dit, le vin apparaît à nos compatriotes comme un élément constitutif de la "francitude" voire comme un mythe fondateur de la nation française. Le flacon de vin est aussi un "lieu de mémoire".

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(1) Selon un sondage réalisé en mai 1987 sur « Les Français et leur histoire » pour le n° 100 du mensuel L'Histoire.

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